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Site de "La Tour"
SAINT-MAURICE-DE-ROTHERENS

Janvier 2005


Au cœur de l'Avant pays savoyard, berceau historique de la Maison de Savoie, Saint-Maurice-de-Rotherens abrite un patrimoine castral vieux de près de mille ans. Les trois campagnes de fouilles menées depuis 2002 sur le site de la Tour, et les recherches documentaires entreprises aux archives départementales de la Savoie et à l'archivio di Stato de Turin permettent aujourd'hui d'en retracer l'histoire.

Le château de Conspectus

Bâti sur un ancien domaine de l'église de Vienne, au rebord d'un plateau calcaire dominant les méandres du Rhône et offrant un panorama exceptionnel qui lui valut son nom, le castrum de Conspectus, ou " beau regard ", apparaît dans la documentation dès la seconde moitié du XIe siècle. Il est alors aux mains de trois familles apparentées aux anciens vicomtes de Vienne, que l'on voit abandonner, au prieuré voisin de Saint-Genix, tous leurs droits sur l'ancienne église paroissiale Saint-Maurice (auj. calvaire de Vieille-Cure, à 300 m en contrebas de la Tour).

 

 

 

Les vestiges de ce premier château ont été partiellement mis au jour, à l'occasion de la dernière campagne de fouilles. Il s'agit d'une vaste aula, l'élément majeur de tout château depuis l'époque carolingienne, dont on ne connaît aucun équivalent contemporain en Savoie. De belles dimensions (10,7 x 6,5 m à l'int.), ce bâtiment rectangulaire, aux murs d'1 m d'épaisseur, offrait une surface au sol de 70 m², et s'ouvrait au Sud par une porte à deux vantaux. Résidence de seigneurs locaux, c'est également dans ce type d'ouvrage que l'on rendait la justice ou que l'on organisait des festivités. Les parements des murs découverts, conservés jusqu'à quatre assises de haut, sont formés de petits moellons de calcaire, dont les joints, tirés aux fers, sont dans la région caractéristiques du XIe siècle.

 

La fouille des niveaux d'occupation correspondants, bouleversés par les occupations postérieures, n'a pour l'heure révélé qu'un mobilier modeste, essentiellement composé de tessons de céramique à pâte grise. Une série de trous de poteaux percés le long des murs et au centre de l'aula, a été aussi mise au jour. La fonction de cette structure demeure énigmatique, mais l'analyse au 14C réalisée
sur les résidus charbonneux de l'un de ces poteaux montre qu'elle est contemporaine des premières mentions du château.



< monnaies découvertes sur le site



Le château de Saint-Maurice


Encore mentionné en 1120, le site de Conspectus est probablement abandonné dans la seconde moitié du XIIe siècle. Suivant le sort de plusieurs paroisses voisines, la seigneurie de Saint-Maurice passe ensuite aux mains du plus important potentat local : le seigneur de Gerbaix. C'est à lui qu'il faut attribuer la reconstruction du château au début du XIIIe siècle. Une tour de plan carré à structure charpentée et couverture végétale est alors édifiée sur les vestiges de l'ancienne aula. Un fossé de drainage sera par la suite creusé à l'Ouest de la tour pour parer au ruissellement des eaux de pluie. La fouille du niveau inférieur de la tour s'est achevée cette année. Destiné au stockage, ce niveau était éclairé d'un mince jour en archère placé en position haute, et s'ouvrait sur l'extérieur par une porte - percée à l'Est, dans le seul mur construit ex novo - qu'une puissante barre coulissante permettait de verrouiller. Le mobilier recueilli, dont une large part provient du niveau supérieur, confirme son statut aristocratique et sa fonction militaire : carreaux d'arbalète, pièces de harnachement, menus objets de bronze, trompe d'appel, vaisselle et céramique culinaire abondante, clés et monnaies ont été découverts.
 



vestiges du château de Mauchamp

Le château de Mauchamp

A la fin du XIIIe siècle, le château de Saint Maurice est aux mains d'un vassal du seigneur de Gerbaix, le chevalier Jacerand qui fut, le temps d'une journée, l'involontaire gêolier du marquis de Montferrat, capturé par son puissant voisin, Thomas III, neveu du comte et seigneur de Saint-Genix (21 juin 1280). Le château passe au début du XIVe siècle, au cadet de la famille, Guionet de Gerbaix, puis à sa fille unique, Guigonne. Cette dernière épouse en seconde noce un " grand commis de l'Etat ", l'avocat Jean Ravais, docteur es lois et chancelier de Savoie. Probablement favorisée par le comte, cette alliance renforce indirectement son implantation à Saint-Maurice, dont l'importance stratégique s'est considérablement accrue depuis que le traité de Paris (1355) a fixé au Guiers la frontière avec le Dauphiné. Etrange coïncidence, la tour est à cette même époque détruite dans un violent incendie, bien daté par une monnaie et plusieurs sacs de graines carbonisées découverts in situ, tandis qu'un nouveau château, plus conforme aux attentes militaires de l'époque est bâti à 500 m au Sud, sur la butte de Mauchamp.


Responsable d'opération : Cyrille Ducourthial

Autre article sur ce site : septembre 2004

 

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